Arrivée en Inde : premières impressions

Il y a des moments qu’on ne peut décidément pas anticiper… Mon arrivée en Inde fait partie de ceux-là, de ces instants qu’on aurait aimé pouvoir préparer et qui finalement nous prennent de court.

J’arrivais en Inde avec une petite appréhension. Bien que je venais pour rejoindre une association, j’étais seule. Et être seule dans la foule agitée de l’aéroport de Delhi est une sacrée manière de commencer son séjour en Inde ! J’avais entendu énormément de choses sur l’arrivée dans le pays. Certains racontaient leur premier contact avec l’Inde comme une expérience violente et épuisante, parfois angoissante, toujours surprenante. Pour ainsi dire… ça a été un festival d’émotions.

La première confrontation

Lorsque je franchis les portes coulissantes de l’aéroport, je suis déjà envahie par la chaleur et déstabilisée par le monde autour de moi. Je m’étais déjà sentie oppressée à Bangkok, un peu à Kuala Lumpur, mais alors Delhi… C’est une autre affaire ! Je repère assez rapidement un jeune homme avec une pancarte sur laquelle mon prénom est inscrit, je m’empresse de le rejoindre. À ce moment-là je suis partagée entre l’excitation et l’appréhension.

La voiture démarre et me voilà partie pour l’expérience de ma vie !

Premier choc : la conduite

Ceux qui ont été en Inde ne pourront sans doute pas me contredire, la conduite est hallucinante ! Je n’avais jamais vu ça. Sur une même route se trouvent des voitures, des scooters, des bus, des tuk-tuk, des vaches et des piétons, tout ça dans un boucan incessant et franchement déstabilisant. La conduite est très approximative, le code de la route inexistant (ou pas respecté ?) et les klaxons sonnent toutes les 3 secondes. De quoi se mettre dans le bain immédiatement !

Il y avait 1h30 de trajet entre l’aéroport de Delhi et Faridabad, la ville où j’allais effectuer mon bénévolat. J’étais tellement mal à l’aise que j’ai même refusé de boire dans la bouteille d’eau que me tendait le chauffeur, alors que quelques semaines plus tard j’allais manger des fruits rincés à l’eau du robinet et boire des milkshakes pleins de glaçons…

Deuxième choc : la chaleur

Je pensais avoir souffert de la chaleur à Bangkok, je n’avais encore rien vu ! Je suis arrivée à Delhi en pleine canicule durant la terrible vague de chaleur de 2019 en Inde et au Pakistan. Il faisait en moyenne 40° à Delhi et les températures ont atteint 50° dans le Rajasthan. La mousson a été retardée et beaucoup de récoltes perdues. Plus grave encore, des centaines de personnes sont mortes de la canicule dans l’ouest de l’Inde cette année-là.

Pour être honnête, c’était insupportable. Je me souviens de mes premières nuits en Inde, de mes premières douches qui ne servaient à rien et de cette sensation d’être tout le temps en sueur. Moi qui déteste avoir froid, j’ai été servie ! J’étais finalement aussi heureuse que les Indiens de voir la mousson arriver quelques semaines plus tard.

Troisième choc : la pollution

J’étais exténuée pendant le trajet en voiture jusqu’à Faridabad mais je voulais absolument garder les yeux ouverts. Je voulais tout voir et ne rien louper. Et j’ai tout vu. Après 30 minutes de route mon chauffeur me dit de regarder à droite. Je tourne donc la tête et je vois une sorte de coline marron. Moi qui vient des Alpes, je suis bien loin des sommets ! Mais lorsqu’il me dit que c’est la plus grande décharge à ciel ouvert du monde, je me reconcentre sur la coline. Et en regardant bien je vois effectivement un amas de déchets… Je reste sans voix.

Le trajet se poursuit et j’observe le bord de la route. Tout est jonché de déchets, chaque parcelle de terre est recouverte de détritus, je n’en reviens pas. Ce n’est que quelques semaines plus tard, en revenant de Rishikesh, de Jaipur ou de Varanasi que je comprends que Faridabad fait partie de ces zones oubliées où tout est démultiplié : la population, la pollution, l’insalubrité, la mendicité, la pauvreté.

Quatrième choc : la misère

C’est sans aucun doute celui que je n’ai pas réussi à surmonter. Faridabad est une immense ville dans la banlieue de Delhi. Et comme beaucoup de banlieues, celle-ci ne déroge pas à la règle, la pauvreté y est omniprésente. Elle est partout et à perte de vue. Je pense que ce moment-là a été mon premier « vrai » contact avec l’Inde, celui qui est gravé pour toujours en moi. La tête contre la fenêtre de la voiture je regarde impuissante les enfants pieds-nus au bord des routes, des hommes qui font les poubelles et des femmes très âgées qui portent d’énormes sacs sur leur dos courbé. L’Inde est violente et profondément déstabilisante.

Une arrivée contrastée

Le portrait que je décris de l’Inde peut sembler dur, mais c’est ce que j’ai réellement ressenti en arrivant. Le sentiment qui me parcourt à ce moment-là c’est l’incompréhension, l’impression de ne pas être à ma place, d’être de trop dans cet environnement qui chamboule déjà tout ce que je connais. S’il y a une chose dont je suis certaine c’est que l’Inde nous fait perdre tous nos repères en quelques secondes. On ne peut se raccrocher à rien tellement tout nous est étranger. Et la claque est vraiment violente.

Les premiers jours ont été difficiles parce que le pays dans lequel je me trouvais me semblait tellement fou que je n’arrivais pas à prendre du recul. Plus d’une semaine a été nécessaire pour que je commence à m’adapter et à me sentir vraiment bien. C’était étrange car je ne voulais plus être là et en même temps je voulais comprendre, apprendre et apprécier l’Inde. Et c’est finalement ce qui s’est passé. J’ai abandonné mes réflexes et mes repères pour m’adapter, et l’Inde me l’a bien rendu.

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