Voyage dans le temps à Varanasi

Fondée au VIIème siècle avant J-C, Varanasi est la ville la plus sacrée de l’Hindouisme. Elle a été continuellement habitée depuis sa création, ce qui fait d’elle l’une des plus anciennes cités au monde. Traversée par le Gange, Varanasi accueille chaque année des millions de fidèles qui viennent purifier leur âme ou terminer leurs jours dans la cité. Selon la croyance, mourir à Varanasi permettrait d’atteindre le moshka (paradis) en mettant fin au cycle des réincarnations. Ici plus que nulle part ailleurs la vie et la mort se font face en permanence.

J’ai passé trois jours à Varanasi lors de mon séjour en Inde du Nord, je vous partage mes impressions et je vous explique pourquoi Varanasi a été mon coup de cœur !

Une arrivée épuisante

Après huit heures de train depuis New Delhi, me voilà à la gare de Varanasi avec mes cinq camarades de voyage. À peine sorti de la gare, tout ce que nous avons entendu sur la ville se vérifie : il fait très chaud, il y a trop de monde, c’est irrespirable. Nous bataillons quelques minutes pour trouver un conducteur de tuk-tuk qui ne veut pas nous arnaquer puis nous lui donnons l’adresse de notre guest house.

Les premiers instants sont… épuisants. On bascule dans une cohue infernale. L’ambiance est similaire à celle de Old Delhi mais à l’échelle de la ville. Les ruelles sont extrêmement étroites, les tuk-tuk slaloment entre les piétons, les vaches, les scooters et les singes. Il y a un monde fou.

Notre chauffeur nous laisse à quelques rues de la guest house car il est impossible de pénétrer autrement qu’à pied dans le centre-ville. Après quelques difficultés nous arrivons à bon port, soulagés.

Varanasi, ce lieu où les flammes ne s’éteignent jamais

Selon la légende, les flammes des bûchers de Varanasi ne se sont jamais éteintes depuis sa création. Nous décidons donc d’arpenter les rues à la recherche du centre névralgique de la ville : Manikarnika Ghat. Les ghats désignent les escaliers qui se jettent dans les eaux sacrées du Gange et qui longent la cité sur sept kilomètres.

Celui de Manikarnika est spécial puisque c’est l’endroit où ont lieu les crémations. Mon sentiment en arrivant sur les lieux est étrange. Je suis gênée d’être ici et en même temps une atmosphère très rassurante règne sur le ghat. Étonnement, l’endroit n’a rien d’angoissant ou d’oppressant. Les Hindous ont un autre rapport à la mort et Varanasi est un lieu tellement sacré que c’est un honneur d’y être brûlé.

Un Indien nous explique que 200 à 300 corps brûlent ici chaque jour. Le rituel est toujours le même. Le corps est baigné dans le Gange avant d’être déposé sur un bûcher puis l’ainé de la famille, vêtu d’un drap blanc, se rase la tête et dirige la cérémonie. Notre interlocuteur nous explique que les femmes sont volontairement écartées des crémations car leurs larmes entraveraient l’accès du défunt au paradis… Nous apprenons que certains corps ne sont pas brûlés mais directement immergés dans le Gange. C’est le cas des enfants, des femmes enceintes, des animaux ou encore des sâdhus considérés comme déjà sauvés.

Que faire à Varanasi ?

Varanasi ne se visite pas, elle se ressent. Il n’y a donc pas spécialement de monuments ou de lieux précis à découvrir mais une âme à sentir. Nos trois jours à Varanasi se sont résumés à se perdre dans les ruelles infinies de la ville, arpenter les ghats, attendre que les vaches se décalent, acheter des souvenirs, essayer des saris et regarder parfois avec incompréhension les files de fidèles qui s’étendent sur des kilomètres pour entrer dans un temple.

Un immanquable : la cérémonie du feu sur Dasaswamedh Ghat après le coucher du soleil. Vous pouvez y assister depuis les ghats ou depuis le Gange, sur une barque. La cérémonie est grandiose mais il y a tellement de monde que cette dernière est difficilement appréciable. Varanasi est toujours bondée et si vous voulez voir une cérémonie dans de meilleures conditions, préférez celle de Rishikesh qui est moins fréquentée et beaucoup plus agréable.

Sur le Gange, face à l’immensité de la cité

Observer la cité depuis le Gange est un incontournable. J’ai eu la chance d’embarquer deux fois sur le fleuve sacré, une fois au coucher du soleil et une fois au lever du soleil. Depuis les eaux la ville a un autre visage. Le soleil fait briller les ghats, les couleurs infinies des saris se reflètent dans le Gange et on a l’impression de retourner dans le passé. C’est sur cette petite barque que j’ai commencé à apprécier et à comprendre Varanasi. C’était le premier moment où je pouvais souffler et prendre un peu de recul sur ce que j’étais en train de vivre.

L’étape la plus marquante de mon voyage en Inde

Depuis le Gange, loin de l’agitation incessante, on ne peut que comprendre l’adoration des Hindous pour ce lieu. Varanasi a quelque chose d’hors-du-commun, une atmosphère comparable à aucun autre lieu. Elle est immense, infinie, et en même temps elle accompagne les Indiens dans ce qu’ils ont de plus intime et de personnel.

Mon véritable coup de cœur pour Varanasi a eu lieu au lever du soleil, lorsque la ville est calme et que les premiers fidèles viennent se purifier dans les eaux du Gange. C’est à ce moment-là que je suis tombée amoureuse de cet endroit. Le Taj Mahal fut impressionnant, le Palais des Vents grandiose, l’Himalaya extraordinaire… mais Varanasi fut émouvante.

À mon retour, reposée et l’esprit clair, j’ai longuement repensé aux moments passés à Varanasi. Je crois que j’ai été émerveillée autant que j’ai pu souffrir de Varanasi, de sa foule, de sa chaleur et de son atmosphère parfois déconcertante. J’ai souri, j’ai pleuré, mais je me suis profondément attachée à Varanasi, comme à aucun lieu auparavant. C’est l’un des seuls endroits au monde qui, je crois, nous prend aux tripes de cette manière, le seul lieu qui nous enveloppe tout entier et nous emporte dans un autre univers, qui nous fait nous sentir plus vivant que jamais alors même que la mort y est omniprésente.

Je garde un souvenir absolument indélébile de Varanasi.

QUELQUES BONNES ADRESSES

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Un commentaire

  1. Lookoom

    Merci de ton article plein de sincérité. Lors de mon voyage de plusieurs semaines en Inde, j’avais écarté Bénarès/Varanasi pour les raisons que tu exposes aussi, promiscuité, conditions sanitaires, la foule, les odeurs … Et puis le spectacle autour de la mort n’éveille pas ma curiosité, déjà rassasiée ailleurs de temps de temples. Mais à lire ton article, je comprends que certains voyageurs puissent en garder un souvenir très fort.

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