Être une femme en Inde

D’après une étude menée par la fondation Thomson Reuters, l’Inde était en 2018 le pays le plus dangereux pour les femmes. Du coup, vous imaginez bien que j’ai été envahie par quelques angoisses avant de partir ! Entre les témoignages rassurants de nombreuses femmes et les expériences traumatisantes de certaines autres, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre.

Retour sur un mois dans un pays où les traditions et les croyances empêchent les femmes de s’émanciper, et ce n’est pas de tout repos…

LES PHOTOS INCÉSSANTES

Telle Beyonce au Stade de France, j’ai été prise en photo sous tous les angles, sous toutes les lumières, de jour comme de nuit, et presque toujours par des hommes. J’étais très surprise et je me suis souvent demandé ce qu’ils faisaient ensuite de ces clichés. Mais je n’ai pas vraiment trouvé de réponse…

Sur ce point je trouve que l’Inde diffère beaucoup de la Thaïlande ou de la Malaisie. En tant qu’européennes, on doit faire face à de nombreuses photos volées. Ces dernières sont prises au détour d’une rue, dans les transports ou au restaurant. Et toutes les techniques existent… La méthode « je fais genre de me prendre en selfie pour te prendre en photo » reste de loin ma préférée !

Si de nombreuses femmes nous demandaient poliment si elles pouvaient nous prendre en photo, les hommes ont rarement perdu du temps avec de telles formalités. Ce qui, trente fois par jour, peut devenir un calvaire.

QUELQUES désagrémentS

Globalement, je ne me suis pas sentie en insécurité pendant mon séjour, mais quelques moments ont été dérangeants. Sans chercher à effrayer les femmes qui planifient un voyage en Inde, mieux vaut être au courant de ce qu’il peut se passer sur place.

La première fois à Dharamsala où j’étais partie quelques jours avec trois autres françaises rencontrées sur place. Nous étions en balade et un groupe d’une dizaine d’hommes est venu nous demander des photos. Nous avons dit non plusieurs fois mais ils se sont montrés vraiment très insistants, même physiquement.

Le deuxième moment s’est déroulé à Faridabad dans la banlieue de Delhi où je me suis fait suivre par un homme dans plusieurs rues. J’attire votre attention sur le fait que cela est arrivé dans la banlieue, dans un endroit où il n’y a aucun touriste et où les locaux ne voient jamais d’européennes. J’étais là-bas pour une association et mes camarades et moi étions les seuls étrangers de la ville. Vous ne vous rendrez sûrement pas dans les banlieues des grandes métropoles durant votre voyage, et ce ne sont d’ailleurs pas les endroits les plus safe du pays…

La troisième et dernière mauvaise expérience s’est déroulée dans le métro de Delhi. Nous étions encore une fois quatre femmes et ce jour-là nous n’avions pas le temps de monter dans le wagon réservé aux femmes que nous préférions habituellement. C’est sans aucun doute le moment le plus déstabilisant de mon voyage. Il y avait littéralement que des hommes et le métro était bondé, ils ont commencé par nous dévisager, nous coller puis se sont permis de poser leurs mains un peu partout. Un homme était littéralement en érection contre ma cuisse. Ce fut ma pire expérience. Nous sommes descendues à l’arrêt suivant pour rejoindre le wagon des femmes.

UNE VIGILEANCE NÉCESSAIRE

Je ne cherche pas à alarmer les femmes qui comptent aller en Inde mais plutôt à vous inciter à être prudentes. Si ce que j’ai vécu reste exceptionnel dans un pays qui compte 1,3 milliard d’habitants, il faut aussi savoir que ce genre de situation peut arriver. Finalement, et cela peut sembler surprenant, je ne me suis pas sentie plus en insécurité en Inde qu’en France où j’ai parfois peur de marcher seule dans la rue. J’ai croisé pas mal d’Indiens lourds mais à part dans le métro je ne me suis jamais sentie en danger.

LES INDIENNES OPPRESSÉES PAR DES TRADITIONS ANCESTRALES

L’Inde m’a surtout permis d’en apprendre plus sur celles qui y vivent tous les jours. Sur ces filles, ces adolescentes, ces mères, ces grand-mères, toutes ces femmes qui sont victimes au quotidien d’un déséquilibre homme-femme tristement banalisé. Les croyances religieuses sont si fortes que les esprits fonctionnent selon une logique bien définie : l’homme domine la femme. La femme n’est pas l’égale de l’homme, la femme ne sort pas seule dans la rue, la femme n’a pas de loisirs, la femme travaille, fait à manger, fait la lessive, élève les enfants et ramasse les déchets. C’est la triste réalité que j’ai observée durant plusieurs semaines dans les bidonvilles de Faridabad. L’Inde est injuste, le sexisme la norme, les Indiennes le disent elles-mêmes.

Être enceinte d’une fille est synonyme de malheur pour toute une famille, ce n’est pas une fête ou un moment de bonheur, c’est une tristesse infinie. Les filles ont un accès plus difficile à l’éducation, à l’alimentation et aux soins. Dans les bidonvilles, la tradition de la dot est encore largement pratiquée et les femmes vivent au travers de leur mari, de leur père ou de leur frère. Elles ne peuvent parfois même pas assister aux funérailles de leurs proches. Un Indien à Varanasi nous avait même expliqué que les femmes étaient volontairement écartées des cérémonies car leurs larmes entravent l’accès du défunt au Paradis.

Il manque aujourd’hui 63 millions de femmes en Inde, en partie à cause du fait que beaucoup de futures mères avortent lorsqu’elles apprennent qu’elles sont enceintes d’une fille. Même si révéler le sexe du bébé avant la naissance est désormais interdit dans le pays, des millions de femmes continuent chaque année d’avorter dans des conditions extrêmes.

Mon voyage en Inde m’a fait beaucoup réfléchir. Je réalise aussi que les quelques moments où nous nous sentons mal à l’aise sont à des années-lumières de l’enfer que vivent encore trop d’Indiennes aujourd’hui. Évidemment, cela est relatif à mon expérience et je ne vous parle que de ce que j’ai vu et vécu pendant les semaines où j’étais en Inde du Nord. Je pense tout de même que des efforts commencent à être faits dans les grandes métropoles, notamment à New Delhi où j’ai trouvé les femmes plus « libres ». En revanche, dans les bidonvilles la lutte n’a pas commencé et les indiens vivent encore au rythme de traditions ancestrales.

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10 commentaires

  1. Lénou

    Waouh, merci de témoigner même sur ces expériences difficiles, c’est toujours mieux de partir dans un pays en ayant conscience des beautés qui nous attendent mais aussi des éventuelles situations problématiques 👏 surtout que voyager en tant que femme, c’est pas toujours facile 💪

    Aimé par 2 personnes

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