Être une femme en Inde

D’après une étude menée par la fondation Thomson Reuters, l’Inde était en 2018 le pays le plus dangereux pour les femmes. Du coup vous imaginez bien que j’ai entendu et lu des tas de choses avant mon départ. D’un côté des témoignages très rassurants sur des femmes qui ont voyagé seules dans le pays sans problème, de l’autre des femmes qui se sont senties mal à l’aise et constamment agressées durant leur voyage. C’est vrai que je partais en Inde avec une certaine appréhension de ce côté là, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je m’étais beaucoup renseignée sur la condition des femmes indiennes mais j’avais du mal à me faire une idée sur celle des étrangères.

Mon entourage était assez inquiet de me voir partir seule même si je rejoignais une association sur place. Je ne savais pas vraiment comment la jeune étudiante de 19 ans que je suis allait être reçue dans un pays où les traditions empêchent les femmes de s’émanciper.

La première chose qui m’a frappé ce sont les photos. J’ai été prise en photos sous tous les angles, sous toutes les lumières, de jour comme de nuit. J’étais très surprise de voir autant d’indiens venir me demander des photos, et si nous étions plusieurs femmes c’était démultiplié. Je me suis demandée à plusieurs reprises pourquoi ces hommes voulaient nous photographier, mais je n’ai pas vraiment trouvé de réponse. Je pense que c’est avant tout de la curiosité et lorsque l’on nous demandait l’autorisation ce n’était pas très gênant, cela nous a même permis de faire de belles rencontres. Ce qui m’a un peu plus dérangé ce sont les photos volées que les hommes prennent au détour d’une rue, depuis un bus ou dans le train. Je ne peux même pas vous énumérer le nombre de techniques différentes que j’ai remarqué, c’est hallucinant ! Cette pratique était vraiment étrange et m’a donné l’impression que l’on s’immisçait dans mon intimité.

En fait ce qui est vraiment dérangeant en tant que femme ce sont les hommes insistants. C’est vrai que les indiens sont insistants lorsque vous négocier le prix d’un trajet en tuk-tuk ou le prix d’un tissu mais ce n’est jamais déplacé. Je n’ai trouvé cela déplacé qu’avec les photos, alors que lorsque nous disions non à une femme elle n’insistait absolument pas.

Globalement je ne me suis pas sentie en insécurité pendant mon séjour, mais pour être tout à fait honnête il y a quelques moments qui m’ont un peu perturbé.

La première fois à Dharamsala où j’étais partie quelques jours avec trois autres françaises rencontrées sur place. Nous étions en balade et un groupe d’une dizaine d’hommes est venu nous demander des photos. Nous avons dit non plusieurs fois mais ils se sont montrés vraiment très insistants, même physiquement.

Le deuxième moment s’est déroulé à Faridabad dans la banlieue de Delhi où je me suis fait suivre par un homme dans plusieurs rues. J’attire votre attention sur le fait que cela est arrivé dans la banlieue, dans un endroit où il n’y a aucun touriste et où les locaux ne voient jamais d’européennes. J’étais là-bas pour une association et mes camarades et moi étions les seuls étrangers de la ville. Vous ne vous rendrez surement pas dans les banlieues des grandes métropoles durant votre voyage, ce ne sont pas les endroits les plus safe du pays…

La troisième et dernière mauvaise expérience s’est déroulée dans le métro de Delhi. Nous étions encore une fois quatre femmes et ce jour là nous n’avions pas eu le temps de monter dans le wagon réservé aux femmes que nous préférions habituellement. C’est sans aucun doute le moment qui m’a le plus choqué durant mon voyage. Il y avait littéralement que des hommes et le métro était bondé, ils ont commencé par nous dévisager, nous coller puis se sont permis de poser leurs mains sur nous. Un homme était en érection contre ma cuisse. Ce fut littéralement ma pire expérience. Nous avons attendu un arrêt avant de descendre en courant pour rejoindre le wagon des femmes.

Je ne cherche pas à alarmer les femmes qui comptent aller en Inde mais plutôt à vous inciter à être prudentes. Ce que j’ai vécu reste exceptionnel dans un pays qui compte 1,3 milliard d’habitants et je n’ai pas entendu beaucoup de femmes revenir d’Inde avec des expériences similaires. Tout cela s’est déroulé sur quatre semaines et ne m’a pas empêché d’adorer mon voyage et d’en profiter à 100%. Finalement, et cela pourra peut-être vous paraitre surprenant, je ne me suis pas sentie plus en insécurité en Inde qu’en France où j’ai parfois peur de marcher seule dans la rue. J’ai croisé pas mal d’indiens lourds mais à part dans le métro (comportement que je condamne formellement) je n’ai jamais eu peur. Je pense que les regards, les photos, l’attitude parfois insistante des hommes sont surtout liées à une certaine curiosité, au fait d’apercevoir un visage qui n’est pas familier.

L’Inde m’a surtout permis d’en apprendre plus sur celles qui y vivent tous les jours. Sur ces filles, ces adolescentes, ces mères, ces grand-mères, toutes ces femmes qui sont victimes au quotidien d’un déséquilibre homme-femme tristement banalisé. Les croyances religieuses sont si fortes que les esprits fonctionnent selon une logique bien définie : l’homme domine la femme. La femme n’est pas l’égale de l’homme, la femme ne sort pas seule dans la rue, la femme n’a pas de loisirs, la femme travaille, fait à manger, fait la lessive, élève les enfants et ramasse les déchets. C’est la triste réalité que j’ai observé durant plusieurs semaines dans les bidonvilles de Faridabad. L’Inde est injuste, le sexisme la norme, les indiennes le disent elles-même.

Être enceinte d’une fille est synonyme de malheur pour toute une famille, ce n’est pas une fête ou un moment de bonheur, c’est une tristesse infinie. Les filles ont un accès plus difficile à l’éducation, à l’alimentation et aux soins. Dans les bidonvilles la tradition de la dot est encore largement pratiquée et les femmes vivent au travers de leur mari, de leur père ou de leur frère. Elles ne peuvent parfois même pas assister aux funérailles de leurs proches. Un indien à Varanasi m’avait même confié que les femmes sont écartées des cérémonies car « elles pleurent trop et entravent l’accès du défunt au paradis ».

Il manque aujourd’hui 63 millions de femmes en Inde, en partie à cause du fait que beaucoup de futures mères avortent lorsqu’elles apprennent qu’elles sont enceintes d’une fille. Même si révéler le sexe du bébé avant la naissance est désormais interdit dans le pays, des millions de femmes continuent chaque année d’avorter dans des conditions extrêmes.

Mon voyage en Inde m’a fait beaucoup réfléchir, en grande partie sur la condition de la femme. Je réalise aussi que les quelques moments où nous nous sentons mal à l’aise sont à des années lumières de l’enfer que vivent encore trop d’indiennes aujourd’hui. Évidemment cela est relatif à mon expérience et je ne vous parle que de ce que j’ai vu et vécu pendant les semaines où j’étais en Inde du Nord. Je pense tout de même que des efforts commencent à être faits dans les grandes métropoles, notamment à New Delhi où j’ai trouvé les femmes plus « libres ». En revanche, dans les bidonvilles la lutte n’a pas commencé et les indiens vivent encore au rythme de traditions ancestrales.

10 commentaires

  1. Lénou

    Waouh, merci de témoigner même sur ces expériences difficiles, c’est toujours mieux de partir dans un pays en ayant conscience des beautés qui nous attendent mais aussi des éventuelles situations problématiques 👏 surtout que voyager en tant que femme, c’est pas toujours facile 💪

    Aimé par 2 personnes

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