Je me suis rendue à Auschwitz-Birkenau

Après plusieurs années passées à lire des témoignages, à regarder des reportages et à participer au Concours National de la Résistance et de la Déportation, je me suis rendue à Auschwitz-Birkenau lors d’un voyage de quelques jours à Cracovie. Le moment donc de passer une journée dans le lieu devenu tristement le plus célèbre de l’histoire du XXème siècle.

Avant toute chose, je suis convaincue que la « visite » (je n’aime décidément vraiment pas ce mot dans ce contexte) d’Auschwitz se prépare. Ce n’est pas une visite anodine ou improvisée. Je pense qu’il faut se renseigner un minimum pour arriver à se situer et savoir quand, comment et dans quelles conditions les nazis ont exécuté des centaines de milliers d’individus dans ce coin perdu de la campagne polonaise.

Les historiens estiment à 1,3 million le nombre de personnes déportées à Auschwitz-Birkenau, parmi lesquelles 1,1 million ont été exécutées. Auschwitz a été le camp au taux de mortalité le plus élevé et le seul au sein duquel les prisonniers étaient tatoués.

Le complexe d’Auschwitz est divisé en trois camps principaux :

  • Auschwitz I, le camp principal : Regroupant d’anciennes casernes polonaises, cette partie du camp était principalement composée de baraquements et de prisons.
  • Auschwitz II, Auschwitz-Birkenau : Principal centre de mise à mort du complexe, Auschwitz II abritait cinq chambres à gaz et des centaines de baraquements.
  • Auschwitz III, Auschwitz-Monowitz : Le cœur industriel d’Auschwitz, les déportés travaillaient dans l’usine financée par I.G. Farben jusqu’à l’épuisement.

Pourquoi aller à Auschwitz ?

Premièrement, dans le cadre de notre devoir de mémoire individuel et collectif. Pour ne pas oublier et être capable de transmettre aux générations futures ce qu’il s’est passé en ces lieux.

Deuxièmement, pour ne jamais banaliser le mal, la souffrance et la haine. Pour ne jamais rester indifférent à l’intolérance, au racisme, à l’homophobie, à l’antisémitisme ou à la xénophobie. Car après avoir vu Auschwitz, on se doit de rester vigilant à toute forme de haine et au respect de nos libertés les plus fondamentales.

Troisièmement, pour comprendre. Pas pour comprendre les motivations, car jamais l’idéologie nazie ne se verra justifiée par une quelconque explication, mais pour comprendre comment une idéologie a justement pu organiser l’extermination systématique d’une population jugée « inférieure » et « dangereuse ».

Ce que j’attendais de cette journée

Je m’attendais à être submergée par l’émotion. Mais à ma grande surprise, ce ne fut pas le cas, comme si la froideur des lieux m’avait empêchée de pleurer. Je crois que le lieu est tellement bouleversant qu’il nous arrache nos émotions, qu’il nous empêche de ressentir ce que l’on s’attend à ressentir. Je me suis sentie minuscule face à l’immensité des lieux, face à ces centaines de baraquements, prisons, chambres à gaz et miradors. Les explications du guide, nombreuses et détaillées, m’ont laissée sans voix. Il nous a tout expliqué, des conditions de vie des déportés aux expériences médicales, des coups reçus aux exécutions face au mur du Block 11, en passant par l’orchestre au rythme duquel les déportés allaient travailler ou aux familles déchirées à la sortie des convois.

Mais je pense à tous les anciens déportés qui rappellent sans cesse la différence entre le camp qu’ils ont connu et le camp actuel. Deux mondes, deux univers qui ne pourront jamais se mélanger. Lorsque je suis arrivée à Auschwitz j’ai remarqué que des coins avaient été aménagés avec des jeux pour les enfants, que l’herbe était verte, les baraquements propres et l’endroit complètement différent des images que l’on voit dans les livres. Alors il est vrai que sur ce point, on ne plonge pas réellement dans le passé. Mais la vie reprend et c’est aussi ce que je retiens de mon passage à Auschwitz.

Le déroulement de la visite

La visite commence toujours dans le camp principal Auschwitz I avec un guide. Après l’entrée vous recevez un audioguide et vous rejoignez votre guide. La visite débute par le passage sous la fameuse grille « Arbeit Macht Frei » et se poursuit au sein des anciennes casernes polonaises, rassemblant des milliers d’objets ayant appartenu aux déportés. Les immenses piles de cheveux entassées derrière une vitre restent l’un des moments les plus marquants de ma visite. Il faut compter environ deux heures pour Auschwitz I.

Après cela, vous pouvez prendre la navette ou vous rendre à pied à Birkenau. Dès votre arrivée vous reconnaitrez la porte sous laquelle paissaient les trains pour aller dans le camp. La visite de Birkenau se fait avec le guide mais vous pouvez rester dans cette partie du camp après la visite aussi longtemps que vous le souhaitez, contrairement au premier. C’est à Birkenau que vous découvrirez notamment les ruines des chambres à gaz et le mémorial d’Auschwitz.

Comment se rendre à Auschwitz ?

Plusieurs agences proposent de venir vous chercher à votre hôtel afin de vous emmener directement à Auschwitz. Dans ce cas, vous n’avez pas à vous soucier du trajet. En revanche, si vous ne passez pas par une agence, vous pouvez vous y rendre en bus. Nous avons personnellement choisi cette option. Au départ de Krakow Glowny, le trajet aller-retour coûte 7€. Comptez environ deux heures de trajet.

Sinon, vous pouvez également vous y rendre en voiture. Le parking sur place coûte 10 PLN.

Prix, guide et réservation

Il est impératif de réserver votre visite à l’avance car beaucoup de visites sont complètes le jour même. Les visites en français sont régulières mais prises d’assaut, raison de plus pour s’y prendre à l’avance.

Les horaires d’ouverture évoluent au fil des mois, allant de 8h-15h l’hiver à 8h-19h l’été.

  • Tarif classique : 40 PNL (environ 10€)
  • Tarif étudiant (-26 ans) : 30 PNL (environ 6€)

Conclusion et avis personnel

J’ai été personnellement beaucoup marquée par cette expérience et je reste convaincue que nous devons nous rendre à Auschwitz au moins une fois dans notre vie. En revanche, j’ai été frappée par l’ignorance et la bêtise de certains visiteurs qui se prenaient en selfie devant les ruines des chambres à gaz ou des voies ferrées. Un comportement déplorable qui ne devrait pas avoir sa place à Auschwitz.

Enfin, je ne vous recommande pas de vous rendre à Auschwitz avec des enfants en bas âge. Il y en avait lorsque j’y étais mais je pense qu’il faut être prêt à s’y rendre et que des enfants n’ont pas grand-chose à y faire. Certains lieux sont choquants, certaines photos bouleversantes et susceptibles de heurter la sensibilité des plus jeunes.

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8 réflexions sur “Je me suis rendue à Auschwitz-Birkenau

  1. Merci pour tes recommandations. En effet, il ne faut jamais oublier, pour ne jamais reproduire la même ignominie.. Je pense que l’on peut y aller avec des ados, pas avant..
    Je suis tout aussi choquée que toi lorsque tu évoques les selfies..

    Bises

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai éprouvé des sentiments similaires lorsque je me suis arrêté à Dachau lors d’un voyage dans le sud de l’Allemagne. Ce n’était pas le but principal du voyage et je me suis reproché de ne pas avoir suffisamment préparé cet arrêt un peu improvisé. D’ailleurs je ne suis pas parvenu à visiter grand-chose, comme gêné d’être là.

    Aimé par 1 personne

    1. Je comprends totalement ce sentiment et je pense que beaucoup de « visiteurs » se sentent gênés d’être dans les lieux, indépendamment du fait d’avoir préparé la visite ou non. Mais je ne pense pas qu’on puisse réellement se préparer à la façon dont on va réagir sur place..

      Aimé par 1 personne

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